Travailler ensemble pour briser le cycle intergénérationnel

Le CCNSA a pris les choses en main et rassemblé divers secteurs du Canada pour traiter des obstacles sociaux et économiques à la santé et au bien-être des Premières nations, des Inuits et des Métis. C'est à Ottawa en 2008 que nous avons organisé notre premier forum avec des organisations nationales. Il visait à explorer la manière dont les secteurs de la santé et d'ailleurs peuvent adopter une approche intégrée pour améliorer les résultats de santé. Le deuxième forum organisé à Vancouver en 2009 s'est penché sur les modes d'action visant à aborder la santé et le bien-être des Autochtones de manière plus holistique. Une approche de la santé axée sur les « déterminants sociaux » pourrait interrompre le cycle intergénérationnel à cause duquel de nombreuses communautés autochtones se retrouvent systématiquement parmi les plus insalubres au Canada (voir, par exemple, l'indice du bien-être des collectivités).

Des visions aux actions
Deuxième forum national sur les déterminants sociaux de la santé des peuples autochtones

29 juin 2009 - En 2009, des intervenants du domaine du logement, du développement économique, de l'éducation de l'environnement et de la recherche autochtones, ainsi que des dirigeants politiques, des jeunes, des professionnels de la santé, des représentants de la communauté et des activistes, soit plus de 130 représentants d'une grande variété de secteurs, se sont réunis à Vancouver pour établir une base commune favorable à la santé et au bien-être des Premières nations, des Métis et des Inuits du Canada.

Organisé conjointement avec l'Association nationale d'habitation autochtone, l'Indigenous Physicians Association of Canada, l'Aboriginal Health Research Networks Secretariat et le Conseil pour l'avancement des agents de développement autochtones, le deuxième forum du CCNSA sur les déterminants sociaux de la santé autochtone était consacré aux programmes prometteurs, aux alliances et aux processus susceptibles de mener à des actions qui comptent dans ce domaine essentiel.

Établir des liens
L'un des objectifs de cette rencontre nationale, qui a eu lieu à la maison longue de l'Université du nord de la Colombie-Britannique en février 2009, consistait à identifier les liens entre divers secteurs concernant la réponse aux problèmes de santé pressants.

Des conférenciers comme Gail Turner, directrice des services de santé du gouvernement du Nunatsiavut, ont attiré l'attention sur les taux de la tuberculose chez les Inuits (90 fois supérieur à la moyenne nationale), une situation en lien avec les déterminants sociaux que sont la pauvreté, les mauvaises conditions de logement, le manque d'accès à des aliments nutritifs et aux services de soins de santé. Selon madame Turner, la relation entre les droits humains et la situation géographique est un problème central pour le Nord.

Patrick Stewart, président de l'Association nationale d'habitation autochtone, a insisté sur le fait que le logement est la clé de la santé et du bien-être. Trois sociétés de logements autochtones de Vancouver, a-t-il expliqué, ont des listes d'attente de 5000 personnes, et, sur trois ans, le nombre de sans-abri de la ville a augmenté de 35 %.

Il a ajouté qu'actuellement, le logement relève du gouvernement provincial, et a réclamé des politiques provinciales qui font le lien entre tous les ordres de gouvernements et incluent le secteur privé. Il affirme que les projets comme l'Aboriginal Parents Lodge, l'Aboriginal Children's Village et le Stó:lo Nation's Elders Lodge sont des modèles novateurs qui tiennent compte des besoins de la culture et de la communauté et associent efficacement le logement à la santé et au bien-être. Le Stó:lo Elders Lodge, qui découle d'un partenariat entre la nation Stó:lo, BC Housing, l'autorité sanitaire de Fraser et le gouvernement fédéral, a été conçu par des aînés autochtones et respecte les traditions et la philosophie de la nation Stó:lo. 

Malgré la complexité de l'approche multisectorielle de la santé autochtone, de nombreux secteurs ont la possibilité d'entreprendre des actions claires et concrètes à différents échelons. Le Dr Evan Adams, médecin-conseil sur la santé autochtone au ministère de la Santé de Colombie-Britannique, a présenté un tour d'horizon des déterminants sociaux de la santé autochtone, des facteurs historiques à la liste des suggestions pratiques pour améliorer la santé et le bien-être. Les mesures pratiques qu'il propose peuvent être entreprises par les particuliers, les familles, les employeurs, les communautés et les organisations autochtones, ainsi que par les éducateurs et les gouvernements.

Margo Greenwood, leader académique du Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, explique que la santé indigène apparaît comme les fils interreliés d'une toile d'araignée dans laquelle des problèmes comme la pauvreté, les séquelles de la colonisation, l'emplacement géographique, le rapport à la terre, le sexe, la sécurité alimentaire, l'éducation et les autres facteurs croisent le parcours des individus, des familles, des communautés, des nations et des peuples.

Cette approche plus holistique de la santé tire ses racines du savoir et de la manière d'être autochtones, et constitue une étape importante allant au-delà du concept de la santé en opposition à la maladie provoquée par une cause et un effet biomédical ou découlant d'un mode de vie. Un réseau diversifié et multisectoriel peut favoriser cette compréhension plus vaste de la santé des Premières nations, des Inuits et des Métis. « Notre tâche collective n'est pas facile. Elle va nécessiter des changements de structure », conclut Margo Greenwood.

Les déterminants de la santé en action
L'un des principaux objectifs de la manifestation consistait à présenter des exemples concrets de l'application d'une compréhension plus holistique, plus globale et plus coordonnée de la santé. Le forum a débuté par la présentation de deux projets de Colombie-Britannique :

1. Transformative Change Accord: First Nations Health Plan

Reconnue sur la scène internationale, cette collaboration entre les dirigeants fédéraux, provinciaux et autochtones de Colombie-Britannique est plus connue sous le nom d'Accord tripartite de Colombie-Britannique. Ce modèle révolutionnaire reconnaît les droits des Premières nations à définir leur programme en santé et renforce leur pouvoir grâce à de nouvelles structures de gouvernance.

Les grands chefs Ed John et Stewart Phillip, ainsi que Shawn Atleo, chef régional de l'Assemblée des Premières nations, ont relaté l'histoire du changement de politiques en Colombie-Britannique au cours des cinq dernières années, lorsque les dirigeants des Premières nations ont mis de côté leurs divergences pour œuvrer ensemble dans l'intérêt de leurs communautés.

« Notre stratégie est réellement axée sur les communautés, explique le grand chef Ed John. Notre priorité consiste à veiller à ce que les préoccupations de notre peuple deviennent des priorités légitimes des politiques publiques. Je suis optimiste; nous sommes dans une période de changement et de transformation. »

2. Aboriginal ActNow B.C.

Mary Polak, ministre de la Santé, de la vie et des sports, est responsable d'un nouveau modèle de promotion de la santé nommé ActNow BC. Cette initiative pangouvernementale et multisectorielle vise la réduction des maladies chroniques et de l'usage du tabac, encourage l'activité physique et la bonne alimentation, et aide les femmes enceintes.

L'approche communautaire de la promotion est essentielle au succès de la version autochtone du programme. Un programme de formation annuel très efficace (Honour Your Health Challenge) pousse des « défenseurs » de communautés de toute la province à acquérir des compétences, à formuler des objectifs et à inciter leurs communautés à procéder à des changements. Pour en savoir plus sur le programme Aboriginal ActNow B.C. que soutient le CCNSA, cliquez ici.

La ministre s'est réjouie de « cet énorme succès qui favorise la prise en main », et a encouragé les participants du forum à « se servir de la santé publique » pour effectuer des changements.

La santé autochtone et l'environnement

Le forum a également donné des exemples concrets d'outils intersectoriels s'appuyant sur la santé comme facteur à prendre en compte lors du développement économique, municipal ou autre. De plus en plus, des mécanismes sont créés et utilisés pour traiter des préoccupations des indigènes. Cette question est particulièrement sensible lorsque des projets miniers, d'hydro-électricité, des pipelines et d'autres projets faisant intervenir des ressources d'importance visent le territoire dont les autochtones tirent la nourriture, la médecine, les ressources et les liens spirituels.

1. Évaluation des incidences sur la santé

L'évaluation des incidences sur la santé donne aux décisionnaires de l'information sur la manière dont une politique, un programme ou un projet peut affecter la santé de la population. Elle permet à ceux qui en subiront les conséquences, et plus particulièrement les populations vulnérables, de participer au processus de développement et de déploiement.

Josie Auger, présidente et directrice générale du Nechi Training, Research and Health Promotions Institute d'Alberta, a expliqué que la nation crie Bigstone souhaite superviser les répercussions d'un projet qui devrait avoir lieu sur des terres traditionnelles en Alberta. Les cris Bigstone développent un modèle indigène de la santé visant à collecter des données environnementales, sociales et sanitaires de base. Au cours du processus, la communauté a eu recours à l'utilisation des roues de médecine, la compréhension du rôle de la terre et de la langue, et l'accroissement de la participation communautaire pour mieux faire comprendre les répercussions du projet.

Pour en savoir plus, consultez le Guide canadien d'évaluation des incidences sur la santé de Santé Canada, dont une partie concerne les peuples autochtones (voir Guide canadien d'évaluation des incidences sur la santé de Santé Canada, 113 pages). Vous pouvez également consulter la politique du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé, ainsi que son travail sur l'évaluation des répercussions sur la santé en cliquant ici.

2. Évaluation des incidences sur la santé de l'environnement et des humains

La santé n'est pas toujours un élément pris en compte par l'évaluation environnementale. À l'heure actuelle, trois études de cas de Premières nations touchées par des changements importants faisant intervenir des évaluations des incidences sur la santé de l'environnement et des humains sont en cours. Une synthèse des résultats permettra d'élaborer un nouveau cadre à l'usage des Premières nations qui souhaitent évaluer les avantages et les risques potentiels des projets proposés sur leurs territoires.

Pour en savoir plus, consultez le Réseau d'innovation en santé environnementale des Premières nations. Hébergé par le CCNSA, ce réseau regroupe neuf partenaires et vise à faciliter le partage des connaissances en santé environnementale , par des communautés canadiennes des Premières nations.

Se faire entendre
Lors du forum, les représentants des jeunes ont insisté sur leur participation aux délibérations, et ont fait la démonstration de l'efficacité du travail des jeunes dans des initiatives d'avant-garde. Originaire de Prince George, en Colombie-Britannique, Todd Alec a évoqué une réclamation émanant des jeunes et visant le renforcement des activités sportives et des loisirs dans les communautés de toute la province. Cette initiative regroupe des jeunes métis, urbains et des Premières nations de Colombie-Britannique autour d'une cause commune. Les dirigeants autochtones de la province ont pris acte de leur réclamation et ont rédigé le Five Pillars Document qui orientera la stratégie pour répondre à leurs aspirations. Consultez ici la Aboriginal Youth Sport and Recreation Declaration.

Parallèlement, Kiera Kolson, membre du conseil des jeunes de l'Association des femmes autochtones du Canada, a attiré l'attention du public sur un fascicule sur la prévention de la violence chez les jeunes femmes. Ce document a été produit par des jeunes. Elle a ajouté que plus de 300 jeunes ont reçu la formation pour utiliser la trousse, et que les membres de la Chambre des communes a souligné par une ovation l'importance de ce projet.

Constamment au cours de ces deux jours, les représentants métis, inuits et des Premières nations ont répété qu'il est essentiel de tenir compte de leurs populations dans le cadre d'une alliance intersectorielle traitant de la santé et orientée par les différences géographiques, culturelles et historiques.

Contexte international

Les discussions nationales du Canada avec des organisations et des secteurs autochtones s'inscrit dans un contexte plus vaste qui englobe la scène internationale. Déclenché par la Commission sur les déterminants sociaux de la santé de l'Organisation mondiale de la santé, un mouvement mondial vise à trouver des solutions pour éliminer les inégalités en santé. Dawn Walker, de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, remarque que le Canada, par le biais du Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, a joué un rôle décisif en faveur de la prise en compte de l'opinion des indigènes dans le récent rapport de l'OMS intitulé Combler le fossé en une génération : Instaurer l'équité en santé en agissant sur les déterminants sociaux. Cliquez ici pour en savoir plus.

Marissa Nahanee, ambassadrice des jeunes des nations Squamish et Nisga'a, s'est jointe aux représentants canadiens lors du rassemblement de l'Organisation panaméricaine de la santé ayant eu lieu à la fin 2008. Des délégués se sont regroupés pour discuter du point de vue indigène au cœur du mouvement mondial en matière de déterminants sociaux de la santé. En Équateur, Marissa Nahanee a particulièrement été impressionnée par la façon dont les méthodes de guérison traditionnelles étaient associées à la médecine occidentale. Un centre de santé employait un chaman ainsi qu'un médecin, un nutritionniste, un psychiatre et un naturopathe, tandis qu'un centre de naissance encourageait les rituels traditionnels et connaissait depuis une diminution des taux de mortalité des nouveau-nés. Elle a expliqué que pour le peuples indigènes, la maison est un lieu où les personnes et la culture sont enracinés dans une terre et une vision du monde holistique.

Comme le fait remarquer le rapport de l'OMS, en ce qui concerne les peuples indigènes du monde entier, il est nécessaire de tenir compte de nombreux facteurs pour corriger un état de santé souvent défaillant. Ces facteurs sont les suivants :

· l'autodétermination;
· la continuité culturelle;
· une vision du monde holistique
· le territoire et l'environnement
· la préservation de la langue
· la mise en place de connaissances et de pratiques traditionnelles.

Les étapes suivantes
Bien que le forum de Vancouver visait à passer à l'action sur le sujet des déterminants sociaux, chacun des conférenciers, qu'ils soient dirigeants, experts ou activistes, incarnait l'action engagée dans son domaine de prédilection. Par exemple :

· Mike deGagne est à la tête de la Fondation autochtone de guérison, qui a financé, au cours des dix dernières années, 1500 projets pour des survivants des pensionnats.

· Warner Adam, des Carrier Sekani Family Services de Prince George, en Colombie-Britannique, raconte que son organisation a commencé avec trois personnes. Désormais chargée de la recherche et du développement sur le bien-être des enfants pour 12 nations et 14 villages, elle emploie 135 personnes.

· Cindy Blackstock, de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières nations du Canada, a travaillé à l'occasion de campagnes nationales et internationales visant à ce que les enfants des Premières nations aient les mêmes droits aux services de santé et d'éducation que les autres enfants. Consultez ici sa présentation, et informez-vous sur le principe de Jordan, qui met la priorité sur la santé de l'enfant en cas de conflit de compétences concernant le financement des soins.

L'élan vers une alliance stratégique pouvant aboutir à un changement structurel est donné. Selon Peter Dinsdale, des Centres nationaux d'amitié autochtones, des secteurs de l'ensemble du Canada auront besoin des conseils d'un dirigeant national pour établir une vaste collaboration en matière de politique. « Nous devons être déterminés à travailler en partenariat pour que nos canoës voguent dans la même direction de sorte qu'à la fin de la journée, nous obtenions de meilleurs résultats. »

Le professeur Jeff Reading, codirecteur du Centre for Aboriginal Health Research de l'Université de Victoria, a mis l'accent sur le caractère central de la pauvreté qui met en danger la santé d'un si grand nombre de peuples autochtones. « Il faut combattre les déterminants sociaux par des remèdes sociaux, et ces remèdes doivent venir sous la forme de politiques. » Les participants du forum et des secteurs de l'ensemble du pays ont été exhortés à faire fi des divisions pour créer des alliances stratégiques favorables au changement.

L'universitaire et éducateur métis Don Fiddler affirme que la santé est l'affaire de tous. « Nous devons rencontrer les banquiers, les syndicalistes, nous rendre sur les lieux de travail et parler de la santé de la population. Lorsque les gens commenceront à comprendre que tout le monde est concerné par la santé, nous pourrons progresser. »

Les discussions se poursuivent, et des plans sont en cours au Centre de collaboration nationale de la santé autochtone pour l'organisation d'ateliers régionaux (2009-2010) qui favoriseront les alliances dans des domaines stratégies de la santé, et créer un réseau pour le prochain rassemblement national. Voici les prochaines étapes suggérées :

· rassembler les intervenants pour élaborer et réaliser une stratégie nationale des déterminants sociaux de la santé;
· adopter une approche gouvernementale intégrale de la santé autochtone;
· animer des ateliers régionaux pour traiter des principaux déterminants sociaux de la santé;
· organiser un troisième forum national tirant profit de l'élan en faveur d'une approche globale, coordonnée et intégrée de la santé et du bien-être autochtones.

Le grand chef Stewart Phillip a rendu hommage au travail de chacun des participants, et a dit, en s'adressant au public : « Chacun d'entre vous est engagé sur un chemin différent et se dirige vers un but commun. Vous êtes tous des guérisseurs. »

Remerciement
Le deuxième forum des organisations nationales autochtones sur les déterminants sociaux de la santé autochtone a été conjointement organisé par des représentants du secteur du logement, du secteur du développement économique, de professionnels de la santé et d'établissements de recherche. Cette année, le CCNSA a travaillé avec les organismes suivants :

· Association nationale d'habitation autochtone
· Conseil pour l'avancement des agents de développement autochtones
· Indigenous Physicians Association of Canada
·Aboriginal Health Research Networks Secretariat

La manifestation du CCNSA a été financée par la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits (Santé Canada), le Centre national de collaboration des déterminants de la santé et Aboriginal ActNow B.C.

Partenaires

C'est grâce à nos partenaires que nous pouvons réaliser nos activités. Visitez le Site Web des Centres de collaboration nationale en santé publique pour en savoir davantage sur le programme des centres de collaboration, ou consultez la liste intégrale de nos commanditaires.

Ressources

Lisez notre rapport d'activités pour 2010 : Partager les Connaissances - Faire une Différence

 

Consultez notre page Ressources pour en savoir davantage sur les rapports et obtenir d'autres renseignements.

Bulletin

Restez au courant de nos activités grâce à notre bulletin Complétude du cercle.

  Médias sociaux

Adresse
Centre de collaboration nationale de la santé autochtone
3333 University Way Prince George, Colombie-Britannique
V2N 4Z9 Canada

Tél. : 250 960-5250
Téléc. : 250 960-5644

Vous pouvez aussi consulter notre page Contactez-nous pour obtenir la liste complète et les coordonnées du personnel.