Principes directeurs

En ce qui concerne sa mission de partage du savoir, le CCNSA est guidé par un ensemble de principes qui définit tous les aspects de son engagement à répondre aux besoins en santé publique des Premières nations, des Inuits et des Métis du Canada. Ces principes sont formulés en collaboration avec des dirigeants, des organisations et des communautés autochtones, ainsi qu'avec le Comité consultatif national du CCNSA. 

Savoir indigène
Tout le travail du CCNSA est sous-tendu par le respect du savoir indigène. Lors de chaque activité, nous cherchons à jeter des ponts entre les méthodes occidentales de recherche et d'établissement des faits en santé publique et les principes indigènes de l'être et du savoir. Bien que son mandat consiste à lier les faits à la pratique grâce à l'application du savoir, le Centre de collaboration nationale de la santé autochtone s'efforce de conceptualiser les notions de « savoir », de « faits » (ou données probantes) et de « recherche » d'un point de vue indigène.
 
Jusqu'à maintenant, il a organisé des rencontres, comme les « cercles d'échange », qui établissent des « zones éthiques »permettant aux participants d'explorer en toute sécurité les processus d'échange entre les cultures. Au cours de la prochaine année, le CCNSA réunira un groupe international de détenteurs de savoir indigène qui structurera les méthodes d'application, de diffusion et de partage du savoir dans les communautés des Premières nations, inuites et métisses. Avec les conseils de notre groupe d'experts, nous intégrerons les visions indigènes du monde aux méthodes holistiques pour alimenter notre travail sur les déterminants sociaux de la santé. Dans cet objectif, nous procédons actuellement à une revue des études en santé qui se sont penchées sur des cadres de recherche autochtones, y compris sur la validité de méthodes de recherche autochtones et non autochtones sur la santé des Autochtones.

Diversité
Bien que le CCNSA concentre son travail sur la santé d'une population donnée, dans les faits, les peuples autochtones ont des cultures, des histoires et des géographies diverses. Le Canada compte plus de 50 groupes culturels différents ayant chacun leur propre langue et leur propre territoire traditionnel. À l'échelon politique, les peuples autochtones se représentent eux-mêmes en fonction de leur appartenance à l'un des trois grands groupes, soit les Premières nations, les Inuits et les Métis. Ces groupes sont mentionnés à l'article 35 de la constitution canadienne, qui reconnaît et réaffirme les droits des Autochtones et les droits issus des traités. À l'heure actuelle, 60 % des Autochtones du recensement national de 2006 sont des Premières nations, 33 % sont métis, 4 % sont inuits et le reste a déclaré faire partie de plus d'un groupe autochtone. La population autochtone est jeune et de plus en plus nombreuse : elle a augmenté de 45 % entre 1996 et 2006[1].

Les trois groupes ont connu les étapes de la colonisation qui ont compromis les cultures, les langues, les droits territoriaux et l'autodétermination des indigènes. Par exemple, chacun d'entre eux bénéficie de droits différents en vertu de la constitution canadienne de 1982, et chacun vit à sa manière les problèmes relevant de la qualité de vie et de l'accès aux services de santé. Pour une intervention efficace en santé, il faut que les expériences et les points de vue de ces populations soient pris en compte[3]. Le CCNSA continue à lutter pour l'inclusion et le respect de la diversité dans tous les aspects de son travail.

Il n'en reste pas moins que, jusqu'à tout récemment, la diversité des peuples autochtones du Canada n'était pas toujours reflétée dans la recherche, la collecte de données ou les programmes de santé[4]. Cette situation constitue un obstacle important à la santé publique des Autochtones et à la mission du CCNSA consistant à relier les faits, les politiques et la pratique. Les méthodologies de recherche et les techniques d'enquête se sont révélées incohérentes et ont abouti à des données fragmentées et des informations incomplètes, tandis que les statistiques démographiques continuent à être compromises par le manque d'exactitude et de rigueur dans l'identification des Autochtones. Les lacunes en matière de données persistent pour diverses populations, comme les Premières nations, les Inuits et les Métis hors réserve.

Ces problèmes sont décrits dans les travaux du CCNSA. L'année passée, nous avons publié la fiche d'information intitulée Strength Through Numbers qui justifie le besoin de « données désagrégées ». Parallèlement, notre rapport conjoint avec UNICEF Canada sur la santé des enfants autochtones canadiens (2009) évoque le problème de l'attention du grand public et appelle à agir pour combler l'écart en matière de données.

La santé holistique
Le CCNSA favorise une approche holistique de la santé publique qui tienne compte d'un vaste éventail de facteurs allant de la culture au spirituel en passant par l'économie et l'histoire. Les recherches sur la santé indigène sont largement axées sur les maladies et les traitements. À l'opposé, les peuples indigènes ont une définition du bien-être qui va bien au-delà de la santé physique ou de l'absence de maladie. L'équilibre de vie va plus loin que le domaine individuel comme la bonne santé, et la guérison implique aussi de vivre en harmonie avec les autres, avec la communauté, et avec le monde des esprits. [5] »

Pour le CCNSA, la santé indigène apparaît comme les fils interreliés d'une toile d'araignée dans laquelle des problèmes comme la pauvreté, les séquelles de la colonisation, l'emplacement géographique, le rapport à la terre, le sexe, la sécurité alimentaire, l'éducation et les autres facteurs croisent le parcours des individus, des familles, des communautés, des nations et des peuples. Cette approche plus holistique de la santé tire ses racines du savoir et de la manière d'être indigènes, et constitue une étape importante au-delà du concept de la santé défini en opposition à la maladie découlant d'une cause et d'un effet biomédical donné ou encore d'un mode de vie.

La voix de la communauté
L'un des principaux objectifs du CCNSA consiste à promouvoir les documents, les informations, les projets et les activités culturellement adaptés, axés sur la communauté et donnant des résultats tangibles et significatifs pour les particuliers comme pour les communautés. Le CCNSA a répondu à d'importantes préoccupations des communautés autochtones, par exemple, en faisant la synthèse d'informations sur la prévalence et les répercussions de l'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale. Le manque de connaissances à ce sujet a motivé l'exploration précoce par le CCNSA des enjeux de ce problème pour les enfants et les jeunes. Alors que nous interagissons avec des chercheurs, des professionnels de première ligne, des étudiants et d'autres intervenants, nous favorisons la sensibilisation à l'importance cruciale de l'expression de la communauté et de son contrôle des initiatives, programmes et projets de recherche en santé.

Bien que les recherches sur la communauté restent rares, il est indispensable de les orienter vers les lacunes propres aux peuples autochtones[6]. Toutefois, et après trois ans d'effort, les lignes directrices en faveur d'un changement dans les recherches sur la santé des autochtones du Canada sont désormais accessibles. Elles renforcent le rôle de partenaire des communautés au côté des chercheurs, des gouvernements et des autres commanditaires. Rédigées par le bureau d'éthique des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) en collaboration avec son Institut de la santé des Autochtones, les Lignes directrices des IRSC pour la recherche en santé chez les peuples autochtones aident les institutions à mener des recherches éthiques qui tiennent compte des peuples ainsi que des valeurs et traditions autochtones.

Le financement de capacités et d'infrastructures communautaires contribuera à étendre les programmes et les initiatives efficaces à d'autres communautés en les y adaptant. Comme le disait en 2009 le sénateur Wilbert Keon lors d'un événement organisé par le CCNSA pour présenter le rôle local d'adaptation, de développement et de réalisation de programmes sur le rôle parental répondant aux besoins de la communauté : « Nous connaissons l'existence de disparités criantes en matière de santé entre certaines communautés autochtones, ainsi qu'entre certaines communautés autochtones et la majorité des Canadiens. Mais les solutions ne seront trouvées que si des interventions sont réalisées à l'échelon local, et non pas imposées d'en haut ».

Résilience
La résilience est la force dont font preuve les peuples face à l'adversité et à la pression. Bien que les peuples autochtones aient dû modifier leur mode de vie dans presque tous les domaines, nombreux sont ceux qui ont tiré des forces de leurs connexions spirituelles, de leur continuité culturelle et historique et de leurs liens avec leur famille, leur communauté et le territoire[8].

Les communautés des Premières nations, inuites et métisses font des progrès en matière d'éducation, d'emploi, de développement économique, de revitalisation de la langue et d'autogestion, entre autres. Pourtant, le biais épidémiologique en matière de santé de la population et de santé publique est axé sur la maladie, le handicap, le dysfonctionnement et, à terme, la mort. Jeff Reading, de l'Institut de la santé des Autochtones de l'Université de Victoria, soutient que cette situation tend à construire une image négative de la condition d'autochtone au Canada, tout en passant sous silence les points forts des peuples et des communautés[9].

Le CCNSA favorise une approche de ses programmes et de ses activités qui s'appuie sur les points forts. Notre événement national de 2009 intitulé « Messages du cœur : une vitrine sur l'art d'élever un enfant autochtone » était un moment phare centré sur un groupe d'aînés discutant de l'importance de la culture et des valeurs traditionnelles et sur un groupe de jeunes parents expliquant les enjeux actuels de l'éducation des enfants. En évoquant leur lutte contre la toxicomanie ou l'expérience de leurs parents dans des pensionnats, ces parents ont clairement fait savoir qu'il est possible de tirer profit de leur héritage. En adoptant une approche de la santé guidée par le respect et qui s'appuie sur les points forts plutôt que sur les pathologies et les déficits, il est possible de créer des capacités et de tirer profit des acquis.




[1] Statistique Canada (2008). « Recensement de 2006 : Peuples autochtones du Canada en 2006 : Inuits, Métis et Premières nations ». Série Analyses du Recensement de 2006 (consulté le 25 mai 2010). Janet Smylie, « The Health of Aboriginal peoples » in D. Raphael, Social Determinants of Health (2008) 2e édition, pp. 280-281. Voir aussi : Janet Smylie, Paul Adomako, « Health of First Nations, Inuit and Métis Children in Canada » in Indigenous Children's Health Report: Health Assessment in Action (Centre for Research on Inner City Health, The Keenan Research Centre in the Li Ka Shing Knowledge Institute, St. Michael's Hospital, 2009), pp. 11-12.  Téléchargement possible à l'adresse www.ccnsa.ca.
[2] Charlotte Loppie Reading et Fred Wien, Health Inequalities and Social Determinants of Aboriginal Peoples' Health, (Prince George, C.-B. : Centre de collaboration nationale de la santé autochtone, 2009), pp. 2-3.
[3] Ibid.
4] Kathi Wilson, T. Kue Young, « An Overview of Aboriginal Health Research in the Social Sciences: Current Trends and Future Directions », International Journal of Circumpolar Health, vol. 67, pp. 2-3 (2008). Loppie et Wien, Health Inequalities, pp. 4-5; Smylie, Indigenous Children's Health Report, pp. 11-12.
[5] M. King, A. Smith et M. Gracey, « Indigenous health part 2: the underlying causes of the health gap » » Lancet, vol. 374, 2009, p. 76.
[6] Wilson, Young, « Aboriginal Health Research in the Social Sciences », Circumpolar Health, p. 179.
[7] King, « Indigenous health part 2 » Lancet, p. 82.
Ibid.
[8] Ibid.
[9] J. Reading, The Crisis of Chronic Disease among Aboriginal Peoples: A Challenge for Public Health, Population Health and Social Policy, (Victoria: University of Victoria Centre for Aboriginal Health Research, 2009, pp. 147-148.

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